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Pierre Cabon, co-cofondateur du média Wheeled World - L'aventure pour tous !

30 août 2023

11 min

Par Frédérique Josse

Pierre Cabon, co-cofondateur du média Wheeled World - L'aventure <green> pour tous ! </green> -image
Pierre Cabon, co-cofondateur du média Wheeled World - L'aventure <green> pour tous ! </green> -image

Le Petit Récap' - L'article en Bref 🟠

Et si l’aventure était accessible à tous ? Aux valides comme aux personnes en situation de handicap ?

Convaincu des bienfaits du sport extrême et des voyages sur la santé physique et mentale, Pierre se bat, avec sa femme Myriam, pour que ce plaisir soit accessible à tous.

Pour ça, ils ont créé Wheeled world, un site qui source toutes les infos à ce sujet.

Le récit de Pierre, ce rescapé du Bataclan qui a fait le tour du monde en fauteuil et fait vibrer toute sa communauté avec des photos incroyables, m'a profondément marqué.

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*un sommaire en gros

Pierre Cabon, cofondateur de Wheeled World

Oser vivre et ne jamais renoncer devant les difficultés. C’est le leitmotiv de Pierre Cabon, qui a miraculeusement survécu aux attentats du Bataclan. Devenu paraplégique, Pierre trouve, dans le voyage, un moyen de se réinventer. Avec sa femme, Myriam, ils lancent Wheeled World, un site de conseils pour voyageurs handicapés. Saut en parachute, traversée du désert d'Atacama, Nouvelle-Zélande en tandem… L’aventure peut et doit être accessible à tous !




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Hello Pierre ! Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Je suis Pierre, j’ai 32 ans et je suis créateur de contenus sur le voyage et le handicap depuis bientôt 5 ans !


Dans cette newsletter, on a nos petites habitudes. On commence toujours par cette question : quels sont tes premiers souvenirs de voyage à vélo

Dans mes souvenirs les plus lointains, mon père m’amène au Parc André Citroën pour m’apprendre à faire du vélo. Et on y retourne, encore et encore, jusqu’à faire disparaître mes petites roues à l’arrière. Après, je n’ai plus trop de souvenirs de cette époque où j’étais valide. L’autre image qui me vient en tête, c’est mon premier voyage à vélo, en 2020, avec ma femme Myriam. Lorsque nous avons planifié notre tour du monde en 2019, on s’est fixé comme objectif de traverser la Nouvelle-Zélande du Nord au Sud en tandem ! Une aventure qui s’est révélée incroyable avec ce vélo un peu particulier : Myriam pédale à l’arrière, gère les vitesses et les freins tandis que je suis à l’avant en position semi-couchée avec un maindalier pour accompagner l’effort !


« On a décidé de faire un tour du monde pour montrer que c’était aussi possible en fauteuil roulant »


Pourquoi avoir choisi le vélo pour voyager ?

C’est le meilleur moyen de découvrir un pays. C’est mille fois plus intense et puissant qu’en van ou en voiture, parce que tu prends vraiment ton temps. Tu fais corps avec la nature et le pays même si tu mets 5 heures à faire une étape que tu aurais pu faire en 1 heure en voiture. Moi, je ne voulais pas me faire trimballer dans un vélo. Je voulais participer, hors de question que tout l’effort repose sur Myriam. Ça m’a permis aussi de retrouver de l’autonomie, même si c’est la personne derrière qui a le guidon !


Avec ton média, Wheeled World, tu es un ambassadeur de l'aventure pour tous : pourquoi as-tu choisi de défendre ce sujet, alors que tu aurais pu prendre mille autres chemins après le Bataclan ?

Myriam et moi, on s’est rencontrés seulement 5 mois avant le Bataclan. Après cet événement, on s’est rapidement découvert une passion commune pour le voyage, la découverte des gens, des grands espaces. En 2016, on a voulu partir loin, mais on trouvait très peu d’infos pour nos conditions particulières. On a fait un premier trip au Canada, au cours duquel on avait prévu de visiter des villes, Montréal, Toronto, le Parc national Jacques Cartier. C’était dingue, mais super galère ! Et puis je suis parti en séjour avec l’association Comme Les Autres, dont la mission est de proposer un accompagnement social aux personnes devenues handicapées moteur, à travers le sport et les sensations fortes. J’ai découvert que les activités sportives et les sensations fortes étaient possibles, malgré mon handicap. Lors de mon voyage de noces, en mai 2018, aux US, j’ai redécouvert le plaisir d’un voyage en pleine nature : là-bas, tout est indiqué pour les personnes en situation de handicap, tu sais tout de suite à quoi tu peux avoir accès avec ton équipement, notamment parce que les infrastructures ont été pensées pour dès le début. Ce voyage nous a donné envie d’entreprendre un tour du monde….



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Comment tu l’as organisé, ce tour du monde ?

Au début, lorsque je suis passé en fauteuil, on a rayé plein de pays de notre liste. Et puis, finalement, on a gardé tous nos rêves et on a décidé d’aller partout. On a été positivement surpris, notamment en Amérique du Sud comme le Pérou, ou la Bolivie, où les personnes à mobilité réduite sont vues différemment. Certes, il y a moins de moyens, moins de facilité, mais il y a plus d’entraide, plus d’envie de te rendre les choses possibles. Parfois, on se retrouvait dans des endroits vraiment hard et les guides nous disaient : "je m’en fous, on va te descendre et te remonter, on va t’emmener coûte que coûte pour que tu voies ce point de vue". Ça nous a galvanisé. On a fait du kayak dans les glaciers de Patagonie, on a fait du surf dans les dunes, on est montés jusqu’au Machu Picchu. Le Covid nous a stoppé, mais on a réussi à aller au bout d'un projet qui nous tenait vraiment à cœur : l’ascension du Kilimandjaro ! On s'est préparés physiquement pendant 5 mois. Grâce à une équipe de 20 personnes (normalement, on est 6), on s’est finalement arrêté à 5 566 m, soit à 150 mètres du premier sommet, mais cette expérience et le chemin parcouru resteront à jamais gravés dans nos mémoires !


C’est quoi, Wheeled World ?

Fin 2020, notre tour du monde a été interrompu à cause du covid. On était alors en Nouvelle-Zélande. On s’est mis à repenser le projet, car il nous restait 6 mois avant de devoir reprendre nos jobs respectifs. On est alors partis en Corse et on a eu un super retour de notre communauté. On s’est dit que voyager en France, c’était quand même incroyable, il y a plein d’initiatives et d’associations qui essaient de rendre leur sport accessible à tous. Ce qui manque, c’est l’information sur ces sujets, finalement. Alors, on s’est dit qu’on allait créer notre média, pour partager toutes nos astuces avec les personnes en situation de handicap qui souhaitent voyager et leur donner envie d’oser partir à l’aventure. On a lâché nos boulots respectifs, et on a créé Wheeled World. Aujourd’hui, ça fait 2 ans qu’on travaille avec des villes et des régions pour faire connaître tout ce qui existe en France et dans le monde, pour permettre à toutes les personnes en situation de handicap de faire du parapente dans les Alpes ou du catamaran en Bretagne. On veut donner aux gens envie de partir, de faire du sport, des activités, mais aussi montrer aux professionnels du tourisme que l’on peut aménager des activités avec du bon sens pour que le plus grand nombre puisse en profiter.


« On veut montrer aux professionnels du tourisme qu’on peut aménager des activités avec du bon sens »


Que représente l’aventure, pour toi ?

Partir à l’aventure, ça peut être sortir de chez soi quand tu as un handicap. Je me souviens, la première fois que je suis allé faire mes courses en fauteuil, c’était compliqué, mais j’ai pris mon courage à deux mains. L’aventure, ce sont des choses simples, mais pas si évidentes en fauteuil : se promener en forêt de Fontainebleau, mettre les pieds dans l’eau sur une plage accessible. C’est important parce que ça permet de sortir de son quotidien, de se booster moralement, de ne pas penser au handicap. On se dit : j’ai réussi à faire ça par moi-même. Et puis le sport, pour une personne en fauteuil, c’est indispensable, parce que ça te permet d’augmenter ton autonomie, de te renforcer musculairement. Moi, par exemple, depuis que je fais plus de sport, mes transferts sont plus faciles et ma mobilité est meilleure.



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Où en est le tourisme français, en termes d’accessibilité ?

Les choses bougent depuis la loi de 2005, mais on est très en retard par rapport à l’Espagne et les pays anglo-saxons, par exemple. Beaucoup de collectivités avancent pour faire bouger les choses. La région Auvergne Rhône-Alpes est aujourd’hui une des plus adaptées : tu peux faire du ski, du fauteuil tout terrain. Mais j’ai aussi découvert qu’il était possible d’explorer la Martinique et la Réunion ! Ces îles que rien n’indique accessibles proposent énormément d’activités adaptées ! Parfois, on est un peu impatients, mais on croise les doigts : avec les JO de 2024, les choses pourraient avancer plus vite !


« Je n'ai aucune limite, aucun frein »



Tu fais plein d'activités : du surf, du ski, de la haute-montagne : tu n'as aucune limite ?

Lors de plusieurs randonnées, j’ai eu l’occasion d’être dans un fauteuil tout terrain complètement dingue, avec 4 roues en suspension. Ce fauteuil permet de prendre les mêmes pistes que les VTT, de grimper dans la montagne, de faire des descentes et des randonnées avec des potes facilement. Aujourd’hui, je fais d’ailleurs plus de sport qu’avant d’être en fauteuil ! Je peux faire comme tout le monde, je n’ai aucune limite, aucun frein. Je suis juste guidé par le plaisir et le kif, je teste tout. Par exemple, quand on a sauté en parachute en Australie, on était dans le même avion avec Myriam, elle était assise sur un banc avec son prof, quand moi, j’étais à quelques centimètres du vide. La seule question que je me posais, c’était : est-ce que mes chaussures vont tenir ?





Myriam et toi, vous formez ce couple handi-valide : elle pédale, tu maindale. Tu peux m'expliquer comment vous faites, et comment vous trouvez votre équilibre ?

Le vélo fait 50 kilos, autant dire que ce n’est pas vraiment léger ! C’est un vélo électrique, dont les roues arrière ont une taille normale, tandis qu’à l’avant, la roue est plus petite. Je suis installé en semi-couché, les pieds à l’avant retenus par deux cales au niveau des mollets et mon maindalier devant. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas qu’une chaîne principale, mais une pour le maindalier et une autre pour Myriam. Donc même si je m’arrête, Myriam peut continuer. Le gros problème, c’est l’équilibre, car je suis à l’avant, mais je suis plus lourd ! Donc quand on s’arrête, il faut qu’on ait quelque chose sur quoi se poser, une barrière en général. Mais bon, une fois qu’on est lancés, c’est parfait, on atteint rapidement les 20/25 km heure !



« Pas besoin d’aller loin pour en prendre plein la vue »


Est-ce que le Covid a changé ta vision du voyage ?

Oui, on réfléchit davantage les distances, on cherche à voyager en train. Mais ce n’est pas facile. On voulait partir en Autriche par le train de nuit qui a été récemment entièrement réaménagé mais… il n’est pas accessible. Ceci dit, ça nous a permis de redécouvrir la France, y compris dans des lieux où je n’avais jamais mis les pieds en tant que valide : l’Occitanie, la côte entre Collioure et Aigues-Mortes, la Bretagne, les Landes. La France regorge d’activités et de gens incroyables. Pas besoin d’aller loin pour en prendre plein la vue et être dépaysé. Pas besoin d’aller chercher des plages paradisiaques, on a la Corse ! Pas besoin d’aller aux Seychelles, on a la presqu'île de Crozon !



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Quel est ton plus beau voyage en France ?
L’Auvergne Rhône-Alpes marque beaucoup de points ! On a découvert des trucs de fous, On est partis en février dans le parc national de la Vanoise et à la Plagne, une station de ski 100% accessible en fauteuil roulant, que ce soit le domaine skiable ou les restos d’altitude. Il y a même des toilettes accessibles au milieu des pistes !


« Les bonnes informations doivent être accessibles à tous »



Pour beaucoup, l'aventure, c'est réservé aux aventuriers, aux sportifs Qu'est-ce que tu aurais envie de dire à tous ceux qui n'osent pas ?

La première chose qu’il faut chercher à combattre, et c’est d’ailleurs l’objectif avec Wheeled World, c’est la peur d’oser. Quel que soit son handicap, quand on part à l’aventure, il faut d’abord sécuriser tout ce qui est possible de l’être et notamment l’hébergement : les chambres d’hôtel avec chaise de douche, les lits à la bonne hauteur, etc. Ce sont ces informations que l’on cherche à transmettre pour que d’autres puissent partir à l'aventure, à leur tour. Par exemple, quand je fais du kayak, je cherche des modèles faits en boudins pour éviter les appuis. Avoir ces infos là te soulage en charge mentale et tu acceptes plus facilement les petites difficultés lors des activités. Pour te donner un exemple, j’ai mis 3 mois à réserver 3 mois de logements autour du monde. Je demandais à chaque fois des photos, je vérifiais que tout était bien adapté… Et une fois sur place, on a vraiment pu profiter à fond de chaque journée !


À quoi voudrais-tu que le voyage ressemble dans 50 ans ?

J’aimerais que tout le monde puisse voyager de la même manière : les valides comme les personnes en situation de handicap. Le voyage est un moment de plaisir que tout le monde doit avoir. Voyager ne devrait plus être un parcours du combattant.


LA MINUTE CULTURE de PIERRE CABON

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Une musique pour les virages : Lake Michigan de Rogue Wave (BO de Walter Mitty)

Une musique pour les descentes : Immortals de Fall Out Boys

Une musique pour les montées : Highway to Hell d'AC/DC

Un livre pour partir à l'aventure : "Le continent blanc", de Matthieu Tordeur

Tu kiffes ?
Frédérique Josse-image

Meet Frédérique Josse - À propos de l'auteur

Chaque jour, j'essaie de comprendre comment évolue le tourisme. J'écris sur le tourisme durable, l'outdoor et l'économie circulaire.

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